RELATIONS ENTRE L’ALLURE ET LA FLEXIBILITE DE LA COLONNE VERTEBRALE

Par Kathleen Beargie (American Whippet News)
paru dans WHIPPET NEWS (Angleterre) N° 76 de juillet 1969

Traduction Madame de Saint-Seine (Courtoisie La France Canine)








Chez les mammifères, la colonne vertébrale comprend 5 régions distinctes, dont chacune possède son type particulier de vertèbres. Pour l’objet de cet article, les deux plus importants sont : la région lombaire, comportant 7 vertèbres et constituant le rein : la région sacrée comportant 3 vertèbres immuablement soudés, qui s’articulent avec le pelvis pour constituer la croupe.
Les lévriers utilisent lorsqu’ils chassent ou courent, un galop à double suspension. Les chevaux, eux, utilisent un galop à suspension simple, qui, plus ralenti, devient un canter.
Le galop à double suspension n’est pas seulement le plus rapide de ces deux allures, mais aussi la plus fatigante. L’aptitude d’un animal à utiliser un type défini de galop est en corrélation direction avec la flexibilité de l’épine dorsale. Dans le galop à double suspension, il y a dans chaque séquence deux périodes différentes pendant lesquelles les quatre pieds quittent le sol.
(croquis extrait de "Le destin des lévriers" par Xavier Przezdziecki. Il est possible de se procurer ce livre très intéressant - voir la page "Bibliographie" du site).

Dans la première période de suspension, les quatre membres sont en extension, et la colonne vertébrale est droite. Dans la seconde période de suspension, les jambes sont croisées de telle sorte que les postérieurs sont en extension vers l’avant, et à l’extérieur des membres antérieurs, tandis que la colonne vertébrale est incurvée. Le lévrier galope donc en alternant courbure et extension de la colonne vertébrale, avec de rapides mouvements des membres.
Le galop à suspension simple, comme son nom l’indique, ne comporte qu’une seule période pendant laquelle aucun membre ne touche la terre, et pendant la totalité de chaque séquence, la colonne vertébrale demeure en extension rigide. Le cheval ne courbe donc pas son épine dorsale, mais en fait il tend vers le processus inversé, l’étendant dans une position légèrement concave, qui permet la transmission aux jambes de toute l’énergie disponible.
Ces animaux utilisant le galop à double suspension doivent posséder certaines particularités anatomiques qu’on ne trouve pas normalement chez les animaux utilisant l’allure à suspension simple. Chez certains lévriers, la voussure naturelle du rein peut devenir exagérée. Bien que pouvant plaire à l’œil de certaines personnes, cela ne contribue pas à la vitesse de l’animal. En réalité, les plus rapides des Greyhounds et des Whippets sont dotés de reins assez droits, non qu’ils n’aient pas de voussure, mais elle parait moins accusée que chez les autres.
Cette voussure du rein est un moyen de modifier l’action mécanique des muscles des membres postérieurs, de sorte que l’action de ces membres se situe très en avant sous le corps du chien. La croupe, par contraste, doit être relativement droite. Si elle est arrondie, elle étouffe l’action des postérieurs, donnant aux chiens une arrière en forme de « roue » : ceci est donc une faute qui devrait être pénalisée sévèrement.
La  propulsion produisant le mouvement vers l’avant dans le galop à double suspension des lévriers, provient des membres postérieurs.
Par contre, chez le cheval la propulsion est produite à la fois par les membres antérieurs et postérieurs, mais avec une supériorité de l’avant main. Ceci n’est pas surprenant, quand on considère la colonne vertébrale rigide, et légèrement concave, du cheval, et la croupe haute et plutôt arrondie, avec comme résultante un galop à suspension des membres, tels qu’on les voit chez le lévrier courant à grande vitesse et utilisant le galop à double suspension. Les postérieurs du cheval au galop s’étendent rarement plus loin que le milieu du corps, et les antérieurs dépassent peu le niveau des naseaux.
Deux autres caractéristiques physiques des lévriers méritent d’être mentionnées ici, et se rencontrent toujours chez les chiens les plus rapides : une grande longueur de l’os situé entre la rotule et le jarret (tibia) : Ceci a été reconnu comme une nécessité par les éleveurs de lévriers et les standards précisant que les jarrets doivent être « bien descendus », un rein plutôt long : ceci a deux conséquences : d’abord, ceci rend la courbure du rein moins accentué, donnant donc aux chiens « vites » cette apparence de « dos plat ». Ensuite, cela allonge deux groupes de muscles, dont l'un relié aux apophyses des vertèbres lombaires, aide à la flexion de la colonne vertébrale. L'autre groupe de muscle évoqué, est le principal agent de propulsion des postérieurs. Dans une limite raisonnable, plus un muscle est long, plus il a de puissance.

En résumé, les lévriers, avec leur légère voussure naturelle des reins et leur croupe horizontale, ont une épine dorsale très flexible qui permet à ces animaux d’utiliser un type de galop à double suspension, allure qui provoque vite la fatigue. Ceci contraste avec le cheval dont la colonne vertébrale très rigide, légèrement concave dans la région lombaire, mais arrondie dans la croupe, permet seulement un galop à suspension simple. Cette allure est rapide, mais moins que le galop à double suspension utilisé par les lévriers. C’est aussi une allure pénible pour les membres antérieurs du cheval, la majorité de la propulsion venant de l’avant main : alors qu’elle vient de l’arrière main chez le lévrier. La colonne vertébrale flexible des lévriers permet une plus grande extension de tous les membres que la colonne rigide des chevaux.