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| N° 1228 - 12 DECEMBRE 1896. |
LA NATURE. |
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LES LEVRIERS RUSSES
LOFKI, LE CHIEN DU TSAR
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et le plus agréable aux Russes. Chaque petit propriétaire a au moins deux ou trois lévriers et se livre à cette chasse avec frénésie. Tous les grands seigneurs ont des meutes de vingt à trente lévriers. Dans le chenil de S. M. l'Empereur il y a toujours au moins soixante lévriers toujours prêts à chasser, sans compter les lices et les jeunes chiots d'élevage. Dans cette mente, unique au monde, le Tsar a fait choix de cinq ou six sujets d'élite avec lesquels il chasse souvent seul; parmi ces derniers, il en est un qui jouit de l'estime toute particulière du jeune souverain et que les Parisiens ont pu voir lors du triomphal voyage de l'auguste ami de la France : c'est Lofki, mi cadeau qui a été fait au Tsar par son oncle le grand-duc N. Nicolaiewitch. |
| La Russie, avec ses immenses steppes et son organisation quasi-féodale, est la terre privilégiée des lévriers; avec les chiens medialane employés spécialement à la chasse à l'ours, on peut dire que les lévriers dont on se sert pour la poursuite du lièvre, du renard et du loup, sont les deux seules races de chiens véritablement russes. Je ne parle pas du chien d'Esquimau qu'on rencontre dans le nord de la Russie, comme dans toutes les régions septentrionales. La chasse à courre est le passe-temps le plus répandu |
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Lévrier russe, Lofki, le chien du Tsar.
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Lofki est un lévrier Barzoï, un des plus forts et des plus grands qui soient connus : il mesure 70 centimètres de hauteur et 85 centimètres de tour de poitrine. Le champion des lévriers écossais Colonsay au Cap. Max NeilI, qui mesurait 28 pouces de hauteur (71 centimètres et demi), n'avait que 71 centimètres de tour de poitrine. La tête de Lofki est très caractéristique : absolument rase et sè-che, le museau fin et allongé, les oreilles petites et couchées en arrière; de véritables boucles tom-bent de derrière les oreilles et de chaque côté du cou comme une crinière, et les poils du cou sont si abondants que sa tête semble sortir d'un manchon. Le tronc est couvert du même poil long et soyeux jusqu'en arrière des cuisses, où il atteint 30 centimètres. La couleur de sa robe est entièrement blanche avec des taches fauves.
De tous les chiens qui composent le chenil impérial, Lofki est le seul qui ait le privilège d'accompagner son maître dans tous ses déplacements; c'est un vieil ami pour le jeune empereur, et surtout pour la petite grande-duchesse Olga, vis-à-vis de laque]le il se permet, sans doute, des caresses que le Protocole est impuissant à empêcher.
Lofki a beaucoup chassé, mais maintenant il est en retraite, et a une mission de confiance, c'est lui qui partage, avec les deux immenses cosaques qui ont si fort intrigué, il y a peu de temps, le public parisien, l'honneur d'être le gardien du sommeil de S. M. Nicolas Il, qui ne manque pas un matin de caresser sa bonne tête fine aux yeux vifs et intelligents.
Les chenils impériaux de Russie sont, du reste, merveilleusement fournis de lévriers de toutes espèces : lévriers à poils longs, de la race de Lofki, lévriers à poils ras, lévriers de Crimée, lévriers circassiens, etc.
Les lévriers à poils ras (Chortaia Borzaia) sont originaires de la Pologne, mais où on les trouve le plus communément, c'est dans le sud de la Russie, pays qui leur convient mieux, car ils sont sensibles au froid à cause de leur poil court. Ils deviennent rares en Russie, et sont remplacés presque partout par le greyhound anglais, plus élégant quoique plus petit et moins rapide.
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Les lévriers de Crimée (Krimskaia Borzaia) ressemblent beaucoup au lévrier à poil long, dont ils n'ont pas la vitesse, le "jet", mais qu'ils surpassent en force et en résistance à la course; ils ont de plus un flair qui leur permet de continuer à suivre leur proie quand même elle est hors de vue; ils chassent les lièvres et les renards, mais ils sont rarement assez audacieux pour s'attaquer au loup.
La meilleure des races de lévriers russes est la race dite de Circassie (Gorskaia Borzaia) ; ils sont intrépides, vifs et possèdent un fond merveilleux. Leur tête est aussi plus régulière comme forme, plus allongée, plus étroite au front, et la proéminence occipitale plus saillante; les oreilles sont plus pointues au bout, plus fines et couvertes de longs poils ondulés; la poitrine est plus profonde que chez les autres races asiatiques; les pieds sont secs et très solides et ils mènent un train beaucoup plus rapide. La couleur de leur robe est noire, noire et feu, noire et grise.
Le lévrier à poil demi-long (Tchistopsonia Borzaia) est le plus abondant en Russie, on le regarde comme provenant du croisement du barzoï avec le lévrier circassien. Citons encore, pour être complet, les lévriers de Valachie, ceux du Turkestan, les lévriers des Kalmouks et le lévrier griffon (Broudastaia Borzaia) qu'on rencontre en Courlande et qui a beaucoup d'analogie avec l'ancien lévrier griffon celtique, et enfin le lévrier d'Anatolie qui est à courte queue comme nos braques du Bourbonnais ou même totalement privé de cet appendice.
Toutes ces races se ressemblent plus ou moins et se distinguent seulement par la longueur ou la richesse du poil, la forme des oreilles, et la région dont ils sont originaires.
Depuis quelques années, on voit beaucoup de lévriers russes dans nos pays, ils ont même pendant un certain temps joui des faveurs de la mode; mais ils manquent souvent d'intelligence et de flair; s'ils se perdent, il leur est difficile de se retrouver.
Les beaux sujets deviennent aussi de plus en plus rares; Lofki, comme étant de race absolument pure et appartenant à un Souverain ami de la France, méritait bien un souvenir et une mention spéciale.
PAUL MEGNIN.
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| Paul Mégnin (1868-1952) : Grande figure de la cynophilie de la première partie du siècle dernier, Paul Mégnin, de part son entourage familial, fut en contact avec le Chien dès son plus jeune âge. Il le comprit, l'aima, l'étudia, le fit connaître et défendit le concept du chien de race pure, à une époque où cela intéressait encore assez peu ses contemporains. Les circonstances le menèrent au journalisme en 1886 et après avoir collaboré à un certain nombre de journaux, il prit en 1906 la direction de la Revue Cynégétique et Canine l'Eleveur. Pendant 46 ans, il se consacra entièrement à cette tache d'une façon indépendante et désintéressée. Eleveur aussi de nombreuses races (son livre d'élevage se ferme sur son 1500e élève - sans en avoir jamais vendu un), utilisateur (chasseur passionné), juge d'expostions et de fields trials (il s'arrêta de juger en 1921, pour se consacrer uniquement à son journal), il reste une des très grandes figures de la Cynophilie française. |
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